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14 mars 2016 1 14 /03 /mars /2016 12:58
Un article qui me comble de plaisir...

Je ne boude pas mon plaisir quand je découvre sur le Net un tel article, qui plus est rédigé par quelqu'un qui a l'air de très bien s'y connaître et conduit une analyse pertinente de l'évolution du roman policier.

http://www.mymystere.co/blog/survivant-de-la-guerre-des-styles

Encore un grand merci à Jean-Eric Portelli.

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9 mars 2016 3 09 /03 /mars /2016 19:32
Gros coup de coeur : Quand j'étais Théodore Seaborn, de Martin Michaud...

~~Une nouvelle fois, Martin Michaud fait montre de tout son talent. Avec ce nouvel opus, il nous conte le parcours d’un homme qui va vivre mille aventures et mille tourments jusqu’à reconquérir sa véritable identité, jusqu’à se retrouver face à lui-même. Théodore Seaborn, un cadre publicitaire licencié, livré à la dépendance à l’héroïne et plongé dans une dépression profonde, va un jour croiser son sosie. Sans véritablement savoir pourquoi, il le suivra jusqu’à usurper son identité. Il se trouvera alors confronté à un invraisemblable imbroglio qui le conduira à son corps défendant en Syrie, à Racca, au cœur même de l’état islamique, l’entraînant dans une véritable descente aux enfers. C’est un récit endiablé dans lequel nous entraîne Martin Michaud. Aucun temps mort, de l’action, du suspense et une exploration intéressante des dessous du terrorisme. Un thriller palpitant dont le héros est un homme ordinaire embarqué dans une suite d’aventures qui le dépassent. On retrouve là un art de conter digne d’un Linwood Barclay, à ceci près que le héros sort du cadre de la vie quotidienne pour évoluer dans un environnement exceptionnel, celui d’une guerre sans merci. Sous-jacente au récit, court une analyse de la fragilité des sentiments et des comportements humains ainsi que de leur ambivalence. C’est le récit de la quête d’une rédemption. « Quand j’étais Théodore Seaborn » est un thriller captivant en même temps qu’une fable profondément humaine. A découvrir de toute urgence.

Quand j’étais Théodore Seaborn, de Martin Michaud, Kennes éditions, 418 pages, avril 2016, 23 € 49.

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5 mars 2016 6 05 /03 /mars /2016 15:23
Très, très gros coup de coeur : Yeruldelgger, de Ian Manook...

~~Je vais sans doute manquer de superlatifs pour parler de ce roman éblouissant au travers duquel j’ai découvert l’immense talent de Ian Manook. Difficile d’esquisser un pitch de ce polar tellement riche qui commence par la découverte des cadavres de trois Chinois cruellement mutilés dans un usine de la région d’Oulan-Bator. Avec ces trois meurtres, commence pour le commissaire Yeruldelgger une enquête mouvementée. Action, suspense, et retournements fréquents de situation font de cette enquête une épopée passionnante, mais héroïque et poétique aussi, contée dans un style remarquable, avec comme toile de fond le mystère envoûtant de la culture chamanique. De surcroît, passe sur cette histoire un véritable souffle épique. J’y ai découvert des personnages, des paysages et des usages à la mesure d’un pays fascinant, la Mongolie, j’y ai rencontré une culture envoûtante mais une civilisation déchirée, tiraillée entre la grandeur de sa tradition et les affres de la modernité. J’y ai perçu la réalité déliquescente d’une société gangrenée et décadente comme l’exprime avec amertume le personnage principal : « Nous avions des espaces immense, des coutumes et des légendes séculaires, et regarde ce que nous sommes devenus ». Mais qu’on se rassure : dans cet univers tourmenté qui semble voué au mal et à la décadence, Yeruldelgger sera celui par qui les valeurs seront sauvegardées. Au-delà d’un polar à l’intrigue haletante, Yeruldelgger est aussi un grand roman, une belle épopée.

Yeruldelgger, de Ian Manook, Le livre de poche, novembre 2015, 629 pages, 8 € 30.

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2 mars 2016 3 02 /03 /mars /2016 19:15
Coup de coeur : De force, de Karine Giebel...

~~Tout commence par l’agression de la fille d’un chirurgien niçois heureusement sauvée in extremis par un jeune homme auquel elle s’attache et qui deviendra son garde du corps. Puis, surviennent des menaces qui visent ce chirurgien et sa fille. Dans le huis-clos d’une somptueuse propriété sur les hauteurs de Grasse, se joue un drame qui puise ses origines dans trois mystérieuses dates et sans doute dans un lourd secret enfoui dans le passé du professeur Reynier. Karine Giebel réussit une fois de plus à faire vivre de façon angoissante et palpitante un univers clos dans lequel se meuvent des personnages dissemblables mais qui ont tous en commun de traîner secrets et souffrances. Quels liens unissent ces personnages ? Quel danger plane sur eux ? Qu’est-ce qui les rapproche ? Qu’est-ce qui les oppose ? Les différents protagonistes de ce drame sont en permanence sur le fil du rasoir. Qui est avec qui ? Qui est contre qui ? La vérité ne surviendra que dans les dernières pages au terme d’innombrables péripéties et d’un suspense savamment construit comme Karine Giebel sait si bien le faire. Le dénouement ne faillit pas à la règle et se situe à la hauteur de ses précédents romans. Même si je ne prise pas cette expression anglo-saxonne mais qui, en l’occurrence, se justifie pleinement, ce thriller est un véritable « page turner » à découvrir sans tarder.

De force, de Karine Giebel, Editions Belfond, mars 2016, 522 pages, 19 € 50.

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28 février 2016 7 28 /02 /février /2016 15:01
Coup de coeur : R.I.P. Requiescat in pace, de Patrick Caujolle...

~~Le Patrick Caujolle nouveau est arrivé. Il est riche de toutes les nuances d’un bon cru. Il peut être à l’envi et selon les instants souvent râpeux, un peu vert parfois, mais, curieusement aussi, tout en rondeur, gouleyant et long en bouche, tout cela selon le sujet qu’il aborde. Mais toujours généreux. Il dégage des arômes capiteux qui vous enchantent le palais. C’est tout sauf fade et ça se déguste comme un bon vin de terroir, un Minervois ou un Corbières. Ça sent le pays d’Oc, la chaleur et la faconde de la région où il puise ses racines et à laquelle il sait rendre hommage. Ça sent aussi l’expérience du flic de terrain qui nous entraîne dans une enquête aussi surprenante que passionnante sur cette belle terre d’Aude qui résonne de vieilles légendes. Rennes-le-château, Bugarach, autant de mystères qui servent de toile de fond aux meurtres étranges auxquels doivent faire face le capitaine Gérard Escaude et Chris, sa collègue du SRPJ de Montpellier. C’est aussi l’occasion pour ce personnage qui masque, derrière son humour grinçant, ses blessures personnelles et son désenchantement devant le cynique et la perversion ambiants, de nous livrer une peinture sociale sans concession. Pas de langue de bois mais également pas de temps mort, des rebondissements, un suspense qui ne retombe pas et un dénouement imprévisible ou, en tout cas, qu’on ne voit se dessiner que vers la toute fin. Avec cela, une langue imagée que, par certains côtés, n’aurait pas reniée un Frédéric Dard. Un bon polar qui se déguste avec plaisir. Un style et un univers à découvrir.

R.I.P. Requiescat in pace, de Patrick Caujolle, Edition du Caïman, février 2016, 217 pages, 12 €.

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25 février 2016 4 25 /02 /février /2016 18:40
Coup de coeur : Une inquiétante disparition, de Dror Mishani...
Coup de coeur : Une inquiétante disparition, de Dror Mishani...

~~Que penser d’un polar où il n’y a pas de sang versé, enfin à peine, mais qui vous retient pourtant comme un aimant, un polar dans lequel on s’attache très vite aux personnages et surtout à ce personnage central qu’est Avraham Avraham ( C’est bien son nom ), inspecteur à la police criminelle de Tel Aviv et totalement décalé, comme toute cette histoire d’ailleurs ? Eh bien, je n’en pense que du bien, je le tiens pour un polar réussi grâce à une intrigue dans laquelle s’engluent les enquêteurs et qui prend également dans sa toile le lecteur avide de connaître la suite. Il y a une dimension psychologique indéniablement réussie dans cette histoire de disparition, avec des personnages riches et plusieurs histoires bien articulées entre elles. Au fil des pages, on pressent la fin mais on est quand même étonné par le dénouement. Une très bonne entrée dans le polar israélien que je ne connaissais pas et dans lequel je me plongerai à nouveau. A découvrir.

Une disparition inquiétante, de Dror Mishani, Points, mars 2015, 380 pages, 7 € 70.

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23 février 2016 2 23 /02 /février /2016 08:44
Un extrait du premier chapitre de "Dans la mémoire de l'autre"...

~~Bertrand Mollier avait rejoint la cellule de commandement au sein de la sous-préfecture. Il se préparait à coordonner les services de secours auxquels il avait ordonné de prendre position aux endroits connus comme les plus sensibles en cas de montée des eaux. C’était l’affaire de quelques heures et le capitaine Mollier se sentait prêt à affronter sereinement cet épisode semblable à bien d’autres qu’il avait déjà traversés dans son passé de responsable des sapeurs-pompiers du Var. Sa cellule de commandement se composait de sous-officiers rompus à ce type de situation et capables, au prix de quelques échanges téléphoniques, de déclencher les procédures prévues. Le calme régnait dans la petite salle où chacun restait rivé aux écrans de contrôle, les écouteurs sur les oreilles et le téléphone satellitaire à portée de main. Tout le monde pensait être prêt jusqu’à l’instant où la nouvelle était tombée : un verrou artificiel, formé sur la rivière Nartuby, avait cédé, libérant sur l’amont des millions de tonnes d’eau. Soudain, la cellule de veille s’était transformée en cellule de crise. La sous-préfète, appelée en urgence, avait regagné la salle où officiait Mollier et dans laquelle la fébrilité avait pris le pas sur le calme qui y régnait quelques instants auparavant. La progression de la vague géante était suivie, minute par minute. Elle dévalait de la montagne, comparable à un tsunami, et menaçait la ville de Draguignan. Il n’avait fallu qu’une poignée de secondes et quelques explications des équipes postées dans les gorges de Châteaudouble pour faire prendre conscience au capitaine Mollier de l’ampleur du désastre qui se préparait. Personne ne pouvait plus rien contre ce cataclysme imprévu et imparable, ni la compétence des hommes postés sur le terrain, ni le matériel mobilisé aux quatre coins de la Dracénie. La destruction et la mort étaient en route. En quelques instants, la lame gigantesque avait tout ravagé sur son passage, inondant les villes situées sur son chemin, dévastant les immeubles, soulevant comme des fétus de paille les voitures et les camions, promenant dans les artères de la ville des arbres arrachés et des objets divers, détruisant les ouvrages d’art, anéantissant les cultures, creusant par endroit un nouveau lit à la Nartuby, broyant les vies comme les objets et ne laissant derrière elle qu’un champ de ruines et de morts. Bertrand Mollier n’avait pas dormi de toute la nuit, survolant le secteur au milieu d’une nuée d’hélicoptères qui hélitreuillaient les survivants réfugiés sur le toit de leur maison ou sur tout édifice encore émergé. Dans la fureur de la tempête qui couvrait le vacarme des moteurs, se jouait un curieux ballet dont Mollier était, bien malgré lui, le chorégraphe, au milieu des éclairs qui zébraient la nuit, sous les rafales de vent et de pluie. Puis, sur le matin, alors que le jour naissant dissipait la noirceur de la nuit et que la tempête se calmait enfin, le capitaine Mollier avait entrepris un nouveau survol de la région, pour constater le spectacle de désolation qui s’offrait aux regards. En ce lendemain de drame, l’heure n’était plus à la prévention mais à la réparation des dégâts causés par ce drame sans précédent. Tout n’était que ruines. L’urgence était de porter assistance aux milliers de sinistrés et de se lancer à la recherche des dizaines de disparus. Alors qu’il posait le pied au sol, son mobile sonna. C’était le major Müller du peloton de gendarmerie de Draguignan qui l’appelait.

- Je crois que vous devriez venir, capitaine. Nous avons fait une découverte macabre et particulièrement dramatique.

- Où êtes-vous ?

- Entre Trans-en-Provence et La Motte. Le secteur est sécurisé. Mes hommes vous guideront. Ils vous attendront à la sortie de Trans sur la RD 47.

Quand Mollier parvint à la sortie du village, il aperçut le Renault Traffic de la gendarmerie qui barrait la route. Deux motards l’accompagnaient. Un brigadier le salua et lui proposa de le suivre sur quelques dizaines de mètres qu’ils parcoururent à pied. Müller l’attendait en bas du talus.

- Je vous préviens, ça n’est pas beau à voir !

Un amas de débris de toutes sortes était venu s’agglutiner sur la berge, dans un fatras de branchages arrachés aux arbres sur le passage de la vague en furie. Au milieu de cet amoncellement d’objets dévastés, Mollier crut identifier des planches qui ressemblaient à s’y méprendre à des morceaux de cercueils. Müller lisait l’effarement sur le visage du pompier.

- Vous ne vous trompez pas. Ce sont bien des cercueils et, si vous regardez d’un peu plus près, vous allez apercevoir des ossements et même des cadavres qui ont dû être inhumés, les uns depuis longtemps et certains depuis peu.

- Qu’est-ce que c’est que ce bazar ? s’exclama Mollier. - Ce n’est ni plus ni moins que le cimetière de Trans-en-Provence qui a été dévasté. Le courant a retourné la terre, disloqué des sépultures, éventré les cercueils et entraîné ce qu’il y avait à l’intérieur.

Mollier n’en croyait pas ses yeux. La stupeur se lisait sur ses traits tirés par une longue nuit de veille. Plus loin, en effet, en scrutant au travers des planches et des débris divers, on pouvait apercevoir des restes humains et deux corps prisonniers d’un entrelacs de branchages.

- Ce n’est pas Dieu possible ! soupira-t-il.

- Et pourtant si ! répliqua Müller. Mais vous n’êtes pas au bout de vos surprises. Suivez-moi !

A une dizaine de mètres de là, deux militaires étaient occupés à hisser sur la berge un corps, en le tirant par les bras. Il s’agissait d’une femme dont les vêtements étaient couverts de boue et les cheveux pris dans un casque de glaise. Ses jambes longilignes, d’une pâleur cadavérique, étaient marbrées de bleu et de brun. Le pied gauche était nu tandis que le droit était encore protégé par un escarpin. A présent, le corps gisait devant eux, sur la rive herbeuse. Le visage était jeune, autant qu’on pouvait en juger en raison de la terre et des brindilles d’herbes qui le recouvraient.

- Par contre, celle-là était bien vivante quand la rivière l’a emportée ! claironna Mollier.

- Pas si sûr ! lui opposa Müller.

- C’est-à-dire ?

- Capitaine, avez-vous remarqué les marques qu’elle porte au cou ?

L’un des gendarmes qui avaient remonté le corps sur la berge, se pencha à nouveau et dégagea légèrement le col de la malheureuse.

- Bon Dieu ! s’exclama Mollier, on dirait qu’elle a été étranglée !

Tous les témoins présents observèrent durant quelques secondes la dépouille étendue à leurs pieds, dans un silence lourd d’angoisse et de stupeur. Elle portait, autour du cou, des traces de strangulation. Les ecchymoses étaient bien visibles. Puis, Mollier reprit la parole.

- Cette jeune femme n’était pas inhumée dans le cimetière de Trans et n’a pas été victime de la rivière. Je suppose que son meurtrier n’avait pas prévu l’épisode que nous venons de vivre. Je crains qu’il ne faille prévenir le procureur.

- C’est peut-être la disparue de Draguignan ? hasarda un gendarme.

Une jeune femme d’une trentaine d’année avait en effet disparu quelques jours auparavant et, malgré des jours de battues successives et un ratissage de toute la région, les recherches pour la retrouver étaient demeurées vaines. Le Parquet avait conclu à une fugue, à moins qu’il se ne se fût agi d’une disparition accidentelle. Les recherches avaient été arrêtées.

- Il faudra attendre l’autopsie, conclut Müller. Pour le moment, allez me chercher de quoi la recouvrir, en attendant qu’on procède aux relevés d’usage. Pauvre fille ! ajouta-t-il.

Ce fut la première oraison funèbre que reçut la victime.

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22 février 2016 1 22 /02 /février /2016 12:18
Coup de coeur : Et le silence sera ta peine, de Elodie Geffray...

~~D’un côté, le jeune fils d’un ministre tue accidentellement une jeune fille qu’il cherchait à séduire ; d’un autre côté, un mystérieux individu propose un étonnant marché à un homme arrivé au bout du rouleau. Les deux affaires sont étroitement liées et vont très vite fusionner sous la forme d’un odieux chantage qui risque de détruire ceux qui y sont mêlés. Il y a les gentils et il y a les méchants. Voilà une intrigue originale qui tient en haleine jusqu’au dénouement. Ça se lit facilement. C’est un premier roman réussi. Un suspense psychologique davantage qu’un classique du polar ou du thriller. J’ai pris du plaisir à lire cette histoire qui sort de l’ordinaire.

Et le silence sera ta peine, de Elodie Geffray, Editions Belfond, février 2016, 230 pages, 18 €.

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18 février 2016 4 18 /02 /février /2016 19:31
Gros coup de coeur : T'es pas Dieu, petit bonhomme, de Philippe Setbon...

~~Au bout de quelques pages seulement, les personnages et l’intrigue ont pris de la densité pour poursuivre leur montée en puissance jusqu’au dénouement, avec le suspense en prime. Après « Cécile et le monsieur d’à côté », c’est le second polar de Philippe SETBON que je dévore avec avidité et avec un incommensurable plaisir. Ne vous privez surtout pas de ces 177 pages de bonheur. « T'es pas Dieu, petit bonhomme », déclare Lynda à l’un des protagonistes; certes, mais vos romans, eux, monsieur SETBON, sont dignes de figurer dans l’Olympe du polar. Un roman à ne surtout pas manquer. J’attends avec impatience le troisième opus de cette trilogie sur le thème de la vengeance.

T’es pas Dieu, petit bonhomme, de Philippe Setbon, Editions du Caïman, janv. 2016, 177 pages, 12 €.

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17 février 2016 3 17 /02 /février /2016 13:37
Un extrait de "24", thriller historique...

~~Paris, le dimanche 24 février 1572, 8 heures, le soir,

Le bourdon de Notre-Dame venait tout juste de sonner le couvre-feu lorsque le vieil homme franchit la Porte aux Aveugles. Il dut s’écarter à plusieurs reprises de la chaussée boueuse afin d’éviter les projections des charrettes que menaient, à vive allure, des conducteurs pressés d’entrer dans Paris avant la fermeture des accès à la ville. La nuit était tombée depuis plus de deux heures. Un vent glacial s’était levé et les falots, qui brûlaient aux angles des immeubles, animaient un étrange ballet d’ombres dans les rues à présent désertes. Les chandelles des artisans s’étaient éteintes au fond des boutiques et les commerçants avaient abandonné leurs échoppes. La vie s’était brusquement retranchée autour du foyer, dans les intérieurs où chacun s’était calfeutré derrière les façades désormais obscures. Le vide des rues accentuait la sensation de froid. Malgré son épais manteau et son bonnet de velours qui lui couvrait les oreilles, le vieil homme était transi. Il quitta la rue de la Croix du Trahoir pour obliquer vers la Seine, par la rue des Poulies. Il préférait ainsi s’écarter autant que possible du quartier des Halles, de sinistre réputation, où sévissaient les bandes de mauvais garçons, Argotiers ou autres, qui, la nuit venue, se dispersaient autour de la Cour des Miracles, en quête d’un bourgeois ou d’un voyageur à détrousser. Deux laquais de l’Hôtel d’Alençon, occupés à refermer le lourd portail de la demeure ducale, lui donnèrent l’impression d’être les dernières présences humaines rassurantes, sur ce long trajet qui devait le conduire à l’autre bout de Paris. Les deux gaillards, arc-boutés, chacun contre un battant, considérèrent avec étonnement la silhouette chétive et courbée qui hâtait le pas, en prenant soin de ne pas glisser sur les pavés humides. - Bonsoir l’ami ! l’interpella l’un d’eux. N’as-tu donc point peur de te faire égorger par quelque vaurien à pareille heure ? - A ton âge, il ne fait pas bon courir les rues la nuit, renchérit l’autre. Donne-nous ta bourse. Ce sera au moins ça de sauvé ! - Ne vous en faites pas pour moi ! répondit-il sur un ton trop peu assuré pour être vraiment crédible. Les deux hommes éclatèrent d’un rire bruyant avant de se glisser par l’entrebâillement de la porte cochère. Après qu’ils eurent refermé les lourds battants et qu’on eut entendu le bruit sec des serrures, la rue fut brusquement rendue à la nuit. Le vieil homme accéléra le pas. Une chape humide s’abattit sur lui, indiquant qu’il approchait du fleuve. Il n’était pas question de longer la Seine par les berges. L’endroit était aussi dangereux que le Cul-de-sac des Cordiers ou que la rue Saint-Sauveur. Il s’engagea dans la rue Saint-Germain-L’Auxerrois. Ensuite, il lui fallait franchir la Seine, en empruntant le Pont-aux-Changeurs, traverser l’île de le Cité puis de nouveau le fleuve, par le Petit Pont Neuf, avant de parcourir la rue Hautefeuille jusqu’à son terme, l’église des Cordeliers, où il avait rendez-vous. Le silence des rues était à peine brisé, de temps à autre, par les aboiements de quelques chiens ou par le remue-ménage que faisaient les rats en détalant sur son passage. Il lui sembla que le froid avait redoublé. Il remonta le col de son manteau et le tint serré de sa main gauche. A cet instant, il aurait dû se trouver dans sa chambre, devant sa table de travail, près de l’âtre et du feu crépitant que n’avait sans doute pas manqué de lui préparer Constant, le fidèle valet de chambre de son protecteur, Monsieur de Gondi. Le serviteur avait dû trouver curieux de ne pas le voir. Il devait être déçu aussi de n’avoir pu s’attarder quelques instants pour papoter avec lui et lui raconter les derniers potins de Paris. Car il n’y avait pas mieux informé, ni plus bavard que Constant et Jacques aimait savoir ce qui se passait et ce qui se disait en ville. Jacques de Chélande, car tel était le patronyme de notre vieil homme, était musicien et passait le plus clair de ses soirées à composer madrigaux et motets, à arranger messes et requiems, ainsi que l’y avait formé son maître Josquin des Prez. Ce soir, le brave serviteur allait devoir se faire une raison. Le vieux Jacques ne serait pas là pour l’écouter raconter les derniers exploits de Monsieur de Montmorency ou encore pour se gausser des déboires conjugaux de Monsieur de Nanteuil. Ce soir, il était impératif pour Jacques de Chélande de répondre au message reçu la veille, qui lui donnait rendez-vous aux Cordeliers, à l’autre extrémité de la capitale. Il y avait trop longtemps qu’il l’espérait, qu’il en rêvait. Depuis cette époque où, à peine adolescent, il avait été enlevé à ses parents, à moins que ce ne fût acheté, en raison de l’exceptionnelle qualité de sa voix. Il n’oublierait jamais l’homme qui l’avait emmené sur son cheval, à bride abattue, depuis la Picardie, sa terre natale, jusqu’à Paris où il avait été confié aux moines de Saint-Martin-des-Champs. C’est là qu’il avait complété sa formation de chantre, avant de croiser la route de Josquin des Prez, leur maître à tous, et de le suivre à la Cour de Lorraine, puis à Paris. - Tu es Picard, comme moi, lui avait confié son protecteur. Tu es doué et bon élève. Tout cela fera de toi un excellent musicien, pour peu que tu suives scrupuleusement mes conseils. Le jeune homme avait fait de ces paroles un engagement presque sacré. - Je ferai en sorte d’être digne de vous, maître, avait-il répondu au vieil homme, âgé de quatre-vingts ans, dont on pressentait la fin proche. Le maître avait disparu très tôt après leur rencontre, trop tôt au goût de son élève qui avait trouvé refuge auprès de la famille de Gondi. Durant les quelques années pendant lesquelles il avait côtoyé son professeur, le jeune Jacques avait eu le temps d’apprendre à jouer de divers instruments. On l’avait aussi initié à la composition. Comme tous ses collègues musiciens, il ambitionnait la perfection dans la façon d’allier la musique et le chant. Comme eux, il rêvait de retrouver et d’interpréter cette pièce extraordinaire, considérée comme la quintessence de son art mais qu’on disait à tout jamais disparue : le premier requiem, composé par Dufay. La perfection absolue, la quête d’une vie, le rêve de tout musicien ! Et voilà qu’un signe du ciel s’était manifesté. Dans un premier temps, il n’avait osé y croire. Puis, pensant avoir identifié celui qui lui avait adressé ce signe, il avait écarté tout doute sur la véracité de l’information. La partition avait été retrouvée et s’offrait à lui. La somme qu’on en demandait était énorme. Mille livres ! Autant dire une fortune. Mais qu’importait ! Cette somme était dérisoire au regard de ce que représentait cette partition légendaire. Il avait mis dans sa bourse la presque totalité de ses économies. L’enjeu le méritait bien. Il avait seulement tiqué en considérant l’heure du rendez-vous, si tardive, et le lieu, si éloigné de son domicile. Il avait préféré ne prévenir personne des motifs de son escapade nocturne. Il prit conscience qu’il avait juste laissé traîner sur sa table de travail le petit mot anonyme qui lui donnait rendez-vous à l’église des Cordeliers. A soixante-dix ans, il estimait n’avoir de comptes à rendre à personne, sauf peut-être à son protecteur, qui l’hébergeait dans son hôtel du Faubourg Saint-Honoré. Mais Albert de Gondi était absent, appelé à l’étranger par une ambassade au profit du roi. De facto, il se sentait libre, délié de toute obligation. Il fallait simplement dominer sa peur, celle de traverser une ville livrée la nuit aux détrousseurs en tous genres, surtout lorsqu’on était en possession d’une somme aussi considérable. Mais il importait aussi de surmonter son appréhension du froid qui, en cet hiver rigoureux, avait pris possession de Paris. Jusqu’au débouché de Saint-Germain-L’Auxerrois, tout se passa sans encombres. Il commençait même à prendre confiance. Il se sentait gagné par l’assurance qu’à part lui, aucune autre âme ne serait assez folle pour oser braver ce froid intense qui rendait l’air transparent et chassait les odeurs d’ordinaire nauséabondes de la capitale. C’est à la hauteur de La Boucherie qu’il entendit monter une rumeur, d’abord assourdie mais qui s’amplifia vite à mesure qu’il s’approchait du Grand-Châtelet. La rumeur devenait tumulte, ne laissant planer aucun doute sur le danger qui approchait. A cette heure, avec la menace du guet ou de la garde bourgeoise, chargés l’un comme l’autre de faire respecter le couvre-feu, seuls des Argotiers pouvaient mener un tel tapage, sans souci d’être inquiétés. L’ivresse gommait la crainte et faisait de cette bande hurlante une redoutable prédatrice et, même, compte-tenu du nombre, une menace pour un guet réduit à quelques hommes insuffisamment armés. Le vieux musicien avisa une venelle qui faisait face au Grand-Châtelet et s’y engouffra. Il s’agissait visiblement d’un cul-de-sac qui rendait toute fuite impossible. Tapi dans l’ombre, priant Dieu qu’aucun de ces égorgeurs n’eût l’idée de jeter un œil dans la ruelle, il sentit la peur le pénétrer, jusque dans la moindre de ses fibres. Dans la clarté des lanternes qui éclairaient la façade du Grand-Châtelet, il eut le temps d’entrevoir le cortège de ces gueux, dépenaillés et titubants qui, à coup sûr, l’auraient conduit à trépas si, d’aventure, ils l’avaient aperçu. Pris de tremblements, il demeura ainsi de longues minutes, en attendant que le vacarme se fût éteint puis, resserrant un peu plus les pans de son manteau sur son corps transi, il reprit sa longue marche vers Les Cordeliers. Après l’épisode du Grand Châtelet, il se sentit un peu plus rassuré, pensant que les Argotiers avaient pris une direction différente de la sienne, sans doute pour se rendre au Port au foin où, nuitamment, il leur arrivait fréquemment de tenir leurs assises. L’île de la Cité était toute proche, dernier obstacle avant la terre promise. Une fois le fleuve passé, le danger serait moindre, les gueux répugnant à se rendre sur la rive gauche, aux mains des étudiants. Même la sensation de froid lui sembla moins forte. Certes, il faudrait faire le chemin inverse pour rentrer Faubourg Saint-Honoré mais il avait le sentiment qu’une fois la main mise sur ce qu’il convoitait le plus au monde, rien ne pourrait plus l’atteindre. Son pas était devenu plus léger. Il trouvait la nuit moins hostile. Même le froid se faisait un peu oublier. Au carrefour de la rue Hautefeuille et de la rue des Cordeliers, apparut soudain le chevet de l’église, comme une terre promise. Il longea le bâtiment tout en longueur, pour se rendre devant l’entrée principale. Parvenu dans l’ombre du porche, il sentit confusément une présence derrière lui. Il n’eut pas le temps de se retourner. Poussé brutalement dans le dos, il se trouva projeté violemment contre le portail dont les ferrures lui entamèrent le visage. Il était immobilisé, écrasé par une masse puissante. La douleur lui interdisait tout mouvement. D’ailleurs, pour quoi faire ? Il était trop malingre pour se défendre. Les gueux avaient dû le repérer et le suivre. Il ne s’était pas méfié. Sa poitrine aussi le faisait souffrir. A coup sûr, une côte brisée. Son agresseur l’avait plaqué contre le bois du vantail et il sentait son souffle chaud contre sa nuque. L’autre le tenait fermement, sans qu’il pût caresser l’espoir de réussir à desserrer cette étreinte. - Que me voulez-vous ? parvint-il à articuler. J’ai de l’argent dans ma bourse. Prenez-le et laissez-moi la vie sauve. Pour l’amour de Dieu ! L’autre ne répondit rien. Il se contenta de relâcher légèrement sa pression lorsque la lame de la dague eut achevé de traverser de part en part la maigre silhouette. Le vieil homme s’affaissa lentement, dans un long râle, et ne perdit la conscience des choses qu’en s’affalant sur le dallage humide du parvis.

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