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10 mars 2015 2 10 /03 /mars /2015 19:48
Coup de coeur : La guerre des vanités, de Marin Ledun...

~~Tournon, paisible bourgade de la vallée du Rhône. Paisible en apparence, jusqu’à ce que survienne une vague de suicides qui touchent des adolescents apparemment sans histoires. Le lieutenant Alexandre Korvine du commissariat de Valence, la ville voisine, sur l’autre rive du fleuve, est envoyé sur place pour enquêter. Il va devoir plonger dans les secrets d’une ville dont les habitants cultivent le mystère, à commencer par les familles des victimes. Dans un style volontairement saccadé qui colle au rythme erratique de l’enquête, Marin Ledun brosse la satire sociale d’une petite ville provinciale en même temps qu’il campe avec force un personnage central lui-même mal dans sa peau, en proie à la maladie qui le ronge. Marin Ledun met à jour l’hypocrisie d’une société provinciale repliée sur elle-même et, au fil d’une enquête difficile et douloureuse, en restitue l’atmosphère trouble et l’ambiance délétère. Au cancer du policier répond celui d’une société gangrenée par un mal endogène qui se nourrit de la loi du silence et parasite l’enquête. D’entrée de jeu, on se sent captivé par ces suicides, par le mystère que l’on sent peser dès les premières pages sur une enquête dont on se doute qu’elle va déboucher sur le pire. Le suspense est parfaitement entretenu et le voile ne se lève qu’à quelques pages de la fin. Un excellent polar à découvrir absolument.

La guerre des vanités, de Marin Ledun, Gallimard série noire, décembre 2011, 412 pages, 18 €.

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16 février 2015 1 16 /02 /février /2015 10:11

meme-cornemuse.pngDésopilant, cocasse, burlesque, drolatique, je pourrais épuiser le paradigme sans avoir réussi à rendre compte du talent avec lequel Nadine Monfils nous entraîne sur les pas de Mémé Cornemuse et de sa inénarrable famille. Un roman picaresque, une farce burlesque, un road-movie déjanté, qui retracent les vacances de la famille Destrooper sur la côte de la mer du Nord. Côté belge, ce qui, grâce à l’humour incomparable de nos amis d’Outre-Quiévrain, ajoute une saveur supplémentaire à cette histoire déjantée qui est un concentré de Frédéric Dard, Arlette Aguillon et Tim Cockey. Des personnages hors normes, embarqués dans une histoire délirante, sans temps morts, une histoire dans laquelle l’intrigue devient presque secondaire tant on tire un plaisir jubilatoire à suivre les personnages dans leur délire. Avec ça, des répliques qui valent celles d’Audiard, des scènes imagées à mourir de rire. J’avais adoré « La vieille qui voulait tuer le bon dieu » mais là, je dois dire que j’ai été littéralement « scotché » par le talent de Nadine Monfils. Un pur régal que je recommande à toutes celles et à tous ceux qui veulent connaître le plaisir d’un bon défoulement lacrymal comme je n’en avais pas connu depuis longtemps. Du grand art. A consommer sans modération.

Les vacances d’un serial killer, de Nadine Monfils, Pocket, juin 2012, 252 pages.

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13 février 2015 5 13 /02 /février /2015 18:24

pierre-noire.pngUn jeune couple meurt brûlé vif dans la maison qu’il avait rénovée et dans laquelle il venait de s’installer. Ainsi commence le livre. S’agit-il ou non d’un accident ? C’est à cette question que va tenter de répondre ce récit qui n’est pas à proprement parler un polar, non plus qu’un thriller mais essentiellement un suspense psychologique. Tout se joue entre Nicolas, jeune prof de collège, qui a découvert dans une vieille cambuse délabrée la maison de ses rêves et Isabelle, son épouse, qui voit d’un mauvais œil leur installation dans cette demeure abandonnée où une vieille femme s’est pendue. L’intrigue va s’ingénier à retracer le fil des évènements qui ont conduit au drame. Il s’agit de fournir les éléments qui ont jalonné et alimenté la montée de la tension dramatique au sein de ce jeune couple que l’installation dans leur nouvelle demeure va progressivement éloigner l’un de l’autre. A vrai dire, il s'agit surtout de décrire l'hostilité qui s'installe entre la jeune femme et la maison et l'affrontement qui en découle. Drame psychologique, « La pierre noire » entretient quand même une forme de suspense qui fait que l’on reste accroché au livre et qu’on a envie d’aller vers le dénouement que l'on imagine, en dépit du premier chapitre, ne connaître qu'en partie. Dans un style soigné, Chantal Forêt nous livre là une histoire poignante dont on devine que l'issue sera dramatique. Tout se joue dans le huis clos d’un petit bourg et plus précisément dans cette maison, source de tous les soins de Nicolas et de tous les tourments d’Isabelle. Les protagonistes sont peu nombreux. La maison est un personnage de premier plan. Les points de vue alternent, ceux du couple, ceux des voisins et amis et bien sûr celui de la narratrice. Un peu comme dans la reconstitution d’une affaire judiciaire. Je suis allé au terme de ce roman avec plaisir. Un moment de lecture sympa.

La pierre noire, de Chantal Forêt, éditions de l’Archipel, janvier 2015, 254 pages, 17 € 95.

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4 février 2015 3 04 /02 /février /2015 18:52

Edmee.pngClotaire possède un atelier d’ajustage qui produit des appareils mécaniques et, au lendemain de la Grande guerre ( On est en 1920 ), il est fortement sollicité pour fabriquer des prothèses à l’intention des nombreux handicapés qu’a engendrés ce conflit meurtrier. Un jour, il est amené à travailler pour le capitaine Corentin Pons-Lacoste, un officier rescapé des combats, auquel il manque un bras. Clotaire et son épouse finissent par devenir des familiers de l’officier et de son épouse. Mais voilà qu’un jour Edmée, la compagne de Corentin, est retrouvée étranglée avec, sur la poitrine, la prothèse du capitaine. Celui-ci est accusé du meurtre et emprisonné. Clotaire doute de sa culpabilité malgré les certitudes du commissaire Loiseau chargé de l’affaire. Par ailleurs, Clotaire risque d’avoir maille à partir avec la justice militaire car il a été ambulancier sur le front et on le soupçonne de désertion. C’est ballotté entre le harcèlement qu’exerce sur lui le commissaire Loiseau et ses vieilles hantises héritées de son séjour sur le champ de bataille que Corentin va tant bien que mal tenter de tenir le coup et essayer d’aider le capitaine Lacoste à prouver son innocence. Mais une question reste posée : qui a bien pu assassiner Edmée ? J’ai beaucoup aimé cette histoire que je pourrais aisément qualifier de polar historique et ce, pour plusieurs raisons : l’intrigue est prenante et l’on a en permanence envie de connaître la suite, les personnages sont crédibles, attachants et souvent pathétiques et l’on découvre les conséquences tragiques d’un conflit qui a meurtri les corps et les âmes et qu’évoque avec talent Antoine de Tounens. Il y a une forme de suspense mais aussi et surtout une atmosphère créée par la rencontre improbable et pourtant crédible de deux mondes que favorise le bouleversement des valeurs qui marque l’après-guerre : celui de l’aristocratie militaire et celui des prolétaires. Une lecture qui vous fera passer un bon moment.

Edmée, de Antoine de Tounens, Ed. L'Harmattan, sept. 2014, 231 pages, 21 € 50.

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2 février 2015 1 02 /02 /février /2015 13:05

une-profonde-affection.pngHenry Evans se rend sur la côte sud de l’Angleterre. Il veut retrouver une femme qu’il a aimée autrefois sans être capable de la retenir. A son arrivée, il est accueilli dans un étrange hôtel que gèrent deux homosexuels et dans lequel loge une femme avocate. Ses recherches se heurtent à un curieux mur de silence et à une sorte de mystère qui lui vaut même l’hostilité de certains autochtones. Il finit par apprendre que celle qu’il aimait se trouve en prison pour avoir tué volontairement son fils. C’est du moins ce qu’elle a avoué spontanément et avec force. Peut-être trop spontanément et avec trop de force. Henry Evans ne peut se résoudre à accepter cette version qui ne colle pas avec ce qu’il sait de la femme qu’il a aimée. Il décide d’y voir plus clair en dépit des entraves qui sont placées sur sa route. Le roman date un peu : 2000. Il ne s’agit pas vraiment d’un polar même si une forme de suspense flotte sur le livre. C’est un beau roman qui restitue l’atmosphère si particulière de la côte anglaise, une ambiance qui, par certains côtés, ressemble à celle de « La plage des noyés » de Domingo Vilar : humide, incertaine, trouble, âpre. Le style est agréable à lire et on s’attache aux personnages et à l’ambiance dans laquelle ils évoluent. La vérité se devine à quelques chapitres de la fin mais on se laisse glisser jusqu’au bout de l’histoire avec plaisir.

Une profonde affection, de Frances Fyfield, France loisirs, février 2001, 327 pages.

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20 janvier 2015 2 20 /01 /janvier /2015 10:13

prophetie.pngAvec « La prophétie des papes », Glenn COOPER nous livre un thriller ésotérico-historique dans la plus pure tradition, avec les trois dimensions propres au genre : historique, fantastique et policière. L’alternance entre les différents récits et le va-et-vient entre différentes époques répondent également aux canons du genre. Le suspense est bien distillé au fil d’une intrigue savamment construite. Certes, il faut accepter d'entrer dans la dimension fantastique pour vraiment savourer cet opus qui reste dans la droite ligne du « Livre des morts » ou du »Livre des âmes » du même auteur. Je me suis laissé happer par cette histoire bien rythmée et bien écrite. Par moment, j’ai retrouvé des accents du « Secret des Toscans » à ceci près que les Lémures y remplacent les géants. J’ai connu quelques heures d’une lecture fort agréable qui me le font recommander aux amateurs du genre.

La prophétie des papes, de Glenn Cooper, Pocket, février 2014, 479 pages, 7 € 90.

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4 janvier 2015 7 04 /01 /janvier /2015 13:56

Un-long-moment.pngA soixante années de distance, deux hommes poursuivent une quête. Au début des années 50, Nathan Katz, un jeune juif dont la famille a été exterminée dans les camps nazis est en mal de vengeance et intègre une organisation qui pourchasse, juge et exécute les anciens nazis. Au début des années 2010, Stanislas Kervyn cherche toujours à comprendre les raisons de la tuerie qui a eu lieu au Caire en 1954 et au cours de laquelle son père a perdu la vie. Il a même publié un livre sur cette affaire. A la fin d’une émission consacrée à son livre, Stanislas est contacté par un mystérieux correspondant qui lui révèle que c’était son père qui était la cible de cette tuerie. C’est le récit de ces deux destins que nous livre Paul Colize, selon une alternance bien construite au cours de laquelle se tisse une toile, celle où finira par apparaître le motif qui dessinera la vérité qui relie ces deux histoires. Dans un style maîtrisé, Paul Colize nous propose des personnages attachants et un récit magistralement structuré. Jusqu’au tout dernier chapitre, on s’interroge sur la façon dont ces deux destinées vont se trouver réunies. Le suspense est au rendez-vous, fort et savamment entretenu. Au-delà d’un simple thriller, c’est à un grand roman que nous avons affaire avec « Un long moment de silence ». Même s’il s’agit d’œuvres de styles différents, j’ai éprouvé le même genre d’émotion qu’en découvrant «  L’homme de Lewis » de Peter May ou « La voix », d’Arnaldur Indridason. Un grand bouquin et un excellent suspense que je vous invite à découvrir sans tarder.

Un long moment de silence, de Paul Colize, Folio policier, avril 2014, 508 pages.

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12 décembre 2014 5 12 /12 /décembre /2014 07:09

linwood-barclay.jpgDe mon point de vue, il est, dans l'univers du polar anglo-saxon, l'égal de Harlan Coben. Des histoires relativement simples ( a priori ) entraînant dans leur tourbillon des personnalités assez banales ( toujours a priori ) mais que Linwood Barclay parvient à transformer en intrigues palpitantes. Du suspense et de l'action à en revendre. Quand on tient un de ses polars entre les mains, difficile de le lâcher. Choisissez-en un, entrer dedans et jugez par vous-mêmes.

Cette nuit-là, de Linwood Barclay....

par Jean-Michel LECOCQ, vendredi 13 janvier 2012, 08:35 · 

" Vous vous réveillez un matin, la maison est vide,votre famille a disparu...". Ainsi commence le texte de la quatrième de couverture de Cette nuit-là, l'étonnant polar de Linwood Barclay, paru en 2011, dans la collection J'ai Lu. A quatorze ans, Grace se retrouve seule, sans comprendre ce qu'il est advenu des siens. Vingt-cinq ans plus tard, elle participe à une émission de télé-réalité pour retrouver la trace de sa famille disparue. Un appel téléphonique étrange fait renaître en elle l'espoir. Terry, son mari, troublé par le comportement de sa femme qui n'a pas abandonné l'idée de retrouver les siens et sceptique devant ce qu'il pense être une supercherie, entreprend une enquête. Passionnant, haletant, palpitant, il n'y a pas de mot assez fort pour qualifier ce thriller qui tient le lecteur en haleine jusqu'au dernier chapitre, où est révélée l'étonnante vérité. A découvrir absolument !

Les voisins d'à côté, de Linwood Barclay...

par Jean-Michel LECOCQ, dimanche 15 avril 2012, 14:42 · 

Certes, ce n'est pas un roman qui brille par son style. On a même par moments l'impression de se trouver face à de la langue parlée, à l'image d'ailleurs du précédent best-seller du même auteur, " Cette nuit-là", auquel j'ai déjà consacré un article. Ce défaut ne gomme pas l'intérêt du livre qui réside dans une histoire parfaitement construite, avec une précision d'orfèvre, et dans laquelle on entre avec plaisir. Les considérations psychologiques et sociologiques sur la vie d'une petite bourgade du Nord-Est des Etats-Unis ne nuisent en rien à une intrigue qui va crescendo et que, précisément, ces considérations nourrissent pour créer l'épaisseur de l'histoire et celle du suspense que l'auteur parvient à maintenir jusqu'au dernier chapitre. Ce n'est pas à proprement parler un thriller même si les victimes se succèdent. On ne frissonne pas à toutes les pages, l'atmosphère n'est pas glauque et l'hémoglobine ne coule pas à flot. C'est un polar où le policier, Barry, apparaît en fil rouge mais où l'enquêteur central est le père du principal suspect qui ne croit pas à la culpabilité de son fils, un peu à l'image de "Cette nuit-là" où l'enquête est conduite par le mari du personnage principal. A découvrir pour passer un bon moment.

Crains le pire, de Linwood Barclay...

Polar ? Thriller ? Roman d’aventures ? Un mélange des trois, sans doute, comme l’étaient les deux premiers romans de Linwood Barclay que j’ai lus et que j’ai beaucoup aimés. Comme dans les précédents opus, le héros est un personnage à priori quelconque, très banal, qui pourrait être aussi bien vous ou moi, qui s’exprime à la première personne et qui s’embarque dans une aventure hors du commun pour retrouver sa fille disparue. Tim Blake, tel est son nom, est vendeur de voitures dans une concession Honda, quelque part dans le Nord-Est des Etats-Unis. Il vit séparé de sa femme, Susanne. Ils ont eu ensemble une fille, Sydney, qui vit ballottée de l’un à l’autre. Les relations entre Sydney et son père ne sont pas toujours faciles. Elle vit momentanément chez lui et est censée avoir décroché un job d’été dans un hôtel de la ville. Si ce n’étaient leurs petites chamailles quotidiennes, nées d’incompréhension à mettre au compte du fossé des générations, une réelle affection les lierait vraiment. Un jour, Sydney ne donne plus de nouvelles. Elle a disparu. Pire, il semble qu’elle n’ait jamais travaillé dans l’hôtel où elle avait déclaré occuper un job. Son père se lance à sa recherche, au détriment de son travail et, surtout, plus grave, en agissant en porte-à-faux avec la police qui le considère avec un regard soupçonneux. Comme l’indique le titre, il faut craindre le pire, surtout que les découvertes que fait Tim se révèlent de plus en plus inquiétantes. Voilà pour le contenu de ce roman qui va à cent à l’heure et dans lequel le suspense rebondit à chaque chapitre. Ce n’est pas de la grande littérature, certes, mais Linwood Barclay sait nous embarquer dans une histoire passionnante, avec des rebondissements qui se succèdent, de chapitre en chapitre, tenant le lecteur en haleine. C’est le genre de bouquin qu’on lâche difficilement pour vaquer aux exigences de la vie quotidienne et qu’on retrouve avec un plaisir intense. Une belle réussite que ce « Crains le pire » dans lequel Linwood Barclay franchit un seuil supplémentaire dans la qualité du suspense. A ne surtout pas manquer !

Ne la quitte pas des yeux, de Linwood Barclay...

David Harwood est journaliste dans un canard local et coule des jours paisibles entre sa femme Jan et Ethan son fils de quatre ans. Tout semble aller pour le mieux quand Jan se met brusquement à changer. Elle a l’air de plus en plus dépressive et commence à évoquer le suicide. David qui se rend compte qu’il lui faut peut-être consacrer davantage de temps à sa famille projette de les emmener dans un parc d’attractions. C’est là que jan disparaît sans crier gare. Pour David, c’est le début d’une véritable descente aux enfers. Connaissait-il vraiment sa femme depuis cinq ans qu’ils étaient mariés ? Qu’est-elle devenue ? Fugue ? Enlèvement ? Suicide ? Voici résumée en quelques mots cette histoire extravagante, au rythme endiablé qui va, durant 507 pages, entraîner le lecteur dans un véritable tourbillon. Rien à envier aux précédents opus de Linwood Barclay. Mieux encore, un suspense prenant, un rythme haletant, des rebondissements permanents, une intrigue à vous couper le souffle. Linwood Barclay s’est surpassé et nous offre là une nouvelle petite merveille de thriller. Un roman qu’on n’a pas envie de lâcher.   

Mauvais pas, de Linwood Barclay...

Zak Walker est un obsédé de la sécurité, au point de piéger les membres de sa famille pour leur inculquer des principes de prudence. Un jour, il croit apercevoir le sac à main de son épouse abandonné dans son caddy dans un supermarché. Il l’emporte avec lui, pensant lui donner une bonne leçon. Malheureusement, s’il lui ressemble à s’y méprendre, ce sac n’est pas celui de son épouse et ce qui devient un vol va entraîner des conséquences désastreuses pour le pauvre Zack. Le premier tiers du livre est consacré à dépeindre le personnage principal et les manifestations de sa névrose. Le récit est intéressant, certes, mais il semble ne rien se passer qui soit susceptible de déclencher l’intrigue d’un thriller. On se perd en conjectures. S’agit-il d’un roman de Linwood Barclay ? Ou d’une réflexion sur la névrose sécuritaire ? Et puis, soudain, tout s’accélère, s’emballe même et, là, on retrouve le vrai Linwood Barclay, celui qui sait s’approprier le lecteur, le captiver, le tenir entre ses griffes et l’empêcher de lâcher le livre avant la dernière page. De l’action, du suspense, des rebondissements, des fausses pistes jusqu’à la fin. Du Barclay, du vrai, du costaud. Et, enfin, un ultime rebondissement en guise de dénouement inattendu. Du bon, du très bon Barclay, à découvrir absolument.

Contre toute attente, de Linwood Barclay...

Rarement, polar n’a autant mérité son titre car on n’attendait pas le dénouement et, je devrais même dire, les dénouements. Car, dans cette intrigue palpitante où les destins s’entremêlent et s’entrechoquent, il y a en réalité plusieurs histoires parallèles. Des histoires qui se télescopent, certes, mais en conservant chacune sa propre logique. Avant tout, l’histoire est celle de Glen qui possède une entreprise de construction, forte de quelques salariés sur lesquels il règne avec autorité et paternalisme comme sur une petite famille, à commencer par Sally, la secrétaire, mais aussi Doug son second. Un jour, Sheila, la femme de Glen, est retrouvée carbonisée dans sa voiture percutée par un autre véhicule. Visiblement, Sheila était ivre et s’était endormie au volant sur une bretelle d’autoroute. Quelque temps plus tard, Ann, une amie de Sheila meurt noyée dans les eaux du port. Glen, secoué par ces deux morts qu’il trouve vite suspectes, va tenter de faire la lumière. Il devra, pour cela, affronter les pires difficultés et des adversaires insoupçonnés. Il devra surtout tout faire pour protéger sa fille Kelly, qui a surpris de curieuses conversations un soir qu’elle jouait à cache-cache avec son ami Emily dans la chambre de Ann peu de temps avant sa mort. Comme dans tous ses autres thrillers, Linwood Barclay parvient à nous maintenir en permanence en haleine, alimentant le suspense chapitre après chapitre. Le style est simple mais efficace, l’accumulation des détails de la vie quotidienne est toujours aussi présente mais, pour autant, le rythme reste élevé et l’on a envie, à chaque page, de connaître la suite. Pour reprendre une expression consacrée, c’est le genre de livre qu’on ne peut pas lâcher. J’avais été séduit par les précédents ouvrages de Linwood Barclay. Celui-ci est une confirmation de son grand talent. A découvrir d’urgence.

 Mauvais garçons, de Linwood Barclay...

Zack Walker récidive mais, cette fois, il semble sorti de sa psychose sécuritaire. Oui, sauf que, constatant qu’un énergumène amoureux de sa fille ne cesse de la harceler, il décide de filer sa propre fille à son insu afin de la protéger de l’audacieux soupirant. Parallèlement, Zack qui est entré au journal local est chargé d’effectuer un reportage sur un détective privé lui-même chargé de pister une bande organisée qui pille une chaîne de magasin. Et voici Zack reparti dans une série d’aventures rocambolesques dans lesquelles ses initiatives précipitent les évènements, le conduisant de péripéties en péripéties, l’enfonçant chaque fois un peu plus dans une situation plutôt désavantageuse et dangereuse. Pas de temps morts dans cette nouvelle aventure de Zack Walker, le nouveau personnage récurrent de Linwood Barclay. Même si le suspense n’est pas autant au rendez-vous que dans ses précédents ouvrages, Linwood Barclay, une fois de plus, nous concocte une histoire haletante où il sait ménager les effets. Un nouvel opus à déguster avec plaisir au gré d’une intrigue bien ficelée et au fil d’une écriture toujours aussi efficace.  

 

 

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11 décembre 2014 4 11 /12 /décembre /2014 19:14

tromper-la-mort.pngSi l’on me permet de jouer sur les mots, c’est à la fois une balade en Irlande à laquelle nous convie Maryse Rivière et une ballade irlandaise qu’elle met en musique, sur fond de meurtres en série et de terroristes de l’IRA reconvertis en malfrats. Un sériel-killer en cavale dans cette île mythique et un flic parisien à ses trousses, voilà de façon simplifiée le prétexte de ce polar, avec, entre les deux hommes qui se connaissent et s’affrontent à distance, un défi. Tous les ingrédients sont réunis pour faire de cette situation le point de départ d’une intrigue passionnante au long de laquelle l’auteure sait entretenir le suspense. Les années précédentes, j’ai été déçu à plusieurs reprises par les prix du Quai des Orfèvres. Je dois reconnaître que cette année, nous sommes face à un cru de qualité. J’ai été emballé par cet excellent polar affranchi des exigences formelles de ce prix. Une très bonne cuvée qui rejoint, à des années de distance, La 7ème femme de Frédérique Molay. Un polar à découvrir et à déguster de toute urgence.

Tromper la mort, de Maryse Rivière, Fayard, octobre 2014, 373 pages, 8 € 90.

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1 décembre 2014 1 01 /12 /décembre /2014 13:38

dans-l-oeil-noir.png« Dans l’œil noir du corbeau » est finalement un lumineux roman noir. Par cet oxymore, je veux souligner à la fois le caractère dramatique de cette histoire mais aussi l’intense clarté qui s’en dégage. L’un tient au fait qu’il n’y a pas de happy end, l’autre tient à la superbe aventure que vivent deux êtres que rien ne destinait à se rencontrer et surtout à se rapprocher à ce point l’un de l’autre.

Pour faire court, Bill, ancien policier de San Francisco se prépare à vivre le cauchemar des fêtes de fin d’année, enfermé dans sa solitude et dans sa médiocre existence à l’intérieur de laquelle il n’entretient qu’une seule passion : la cuisine. Anne, animatrice d’une émission culinaire sur une chaîne internationale, décide de se rendre en Californie sur les traces de Daniel, celui qui fut, trente ans auparavant, son seul amour, sa passion d’adolescence. Anne est l’idole de Bill. Et voilà que, au hasard de leurs cheminements respectifs, Bill et Anne vont être amenés à se rencontrer. Rencontre improbable et pourtant … Je n’en dirai pas davantage. La narration fait alterner le parcours de Bill et celui d’Anne jusqu’au moment de la rencontre. De loin en loin, s’intercalent des retours en arrière qui  racontent l’aventure de jeunesse d’Anne et de Daniel. Qu’est devenu Daniel ? Anne parviendra-t-elle à le retrouver ?

Dans un style parfaitement maîtrisé, Sophie Loubière déroule l’intrigue avec brio, selon une architecture rigoureuse qui ménage le suspense, donne au lecteur l’envie permanente d’avancer dans une histoire prenante dont il a envie de connaître la suite. Le roman fait une place centrale à la gastronomie qui en est le thème majeur ; il fait également une large place à une forme de tendresse qui va peu à peu évoluer en quelque chose de plus fort qui participera à la tension dramatique du dénouement. Tout fait saliver dans cet opus : la cuisine si bien évoquée et l’histoire si bien racontée.

Sophie Loubière nous a mijoté là un roman savoureux, à déguster sans modération. Après « L’enfant aux cailloux », c’est le second ouvrage de Sophie Loubière que je découvre. Chapeau à cette auteure promise à devenir une des plumes majeures de la littérature noire. A ne pas manquer.

Dans l’œil noir du corbeau, de Sophie Loubière, Pocket, novembre 2014, 420 pages.

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