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1 février 2014 6 01 /02 /février /2014 09:40

le christ jauneDans mon deuxième polar, "Le Christ jaune", j'avais voulu rendre hommage aux chiffonniers d'Emmaüs en situant un chapitre dans un de leurs dépôts situé en Normandie. A l'heure où l'on célèbre l'anniversaire de l'appel de l'abbé Pierre, l'extrait ci-dessous sera mon hommage à cet homme et à cette institution qu'il a fondée. Mon personnage principal est à la recherche de toiles anonymes pour le compte d'un mystérieux commanditaire. Si ces quelques lignes vous ont intéressés, vous pouvez commander ce polar en librairie, sur le site des éditions L'Harmattan ou sur Amazon.

 

 

"Le dépôt des Chiffonniers d’Emmaüs était situé à la sortie de la ville au sein d’une zone artisanale où les compagnons de l’Abbé Pierre avaient installé leur bric-à-brac dans un immense hangar qui tenait de la caverne d’Ali-Baba à ceci près que la majorité de ce qu’on y trouvait avait un air défraîchi propre à décourager les plus optimistes. Et pourtant, en dépit de l’heure assez matinale, les chalands étaient déjà nombreux à arpenter ce qui ressemblait à de vagues allées serpentant au milieu d’un amoncellement de choses hétéroclites : mobilier, outillage, vaisselle, matelas, vêtements, pièces de rechange, bimbeloterie et, là où les empilements d’objets respectaient une hauteur raisonnable, des tableaux et des gravures aussi disparates que le reste, accrochés par dizaines aux parois de tôle, formant un surprenant cimetière de la peinture. François Lemel dut déployer des trésors de souplesse et ne pas craindre d’exposer ses vêtements à la poussière ou, pire, aux risques d’accrocs, pour pouvoir s’approcher de ces œuvres, exposées là depuis des semaines, voire pour certaines depuis des mois comme autant de scories ou d’avatars d’une activité artistique ingrate et qui attendaient d’hypothétiques acquéreurs. Pourtant, le galeriste savait que certaines œuvres majeures avaient été retrouvées dans ce genre d’endroit après une errance invraisemblable. Il avait lui-même, dix ans plus tôt, récupéré ainsi, dans un dépôt-vente, l’un des inachevés de Rouault parmi la centaine encore en circulation.

 

Au terme d’un circuit difficile, il dut constater que la toile recherchée ne figurait pas au nombre des œuvres offertes au public et il se sentit gagné par un profond découragement. Avisant une sorte de bureau situé au centre du hangar qui devait faire office de caisse et de lieu d’information, il s’en approcha et interpella la matrone qui l’occupait et qui veillait, à l’aide d’une dizaine d’écrans, à la sécurité des lieux où les larcins devaient être monnaie courante.

 

- Tous vos tableaux sont-ils visibles ici ? demanda-t-il.

- Pourquoi me demandez-vous ça ? crut prudent de s’enquérir le cerbère, d’un air méfiant, craignant sans doute d’avoir à faire à un contrôleur quelconque qui aurait omis de se présenter.

- Parce que je cherche une toile précise dont je sais qu’elle vous a été donnée voici une dizaine d’années.

- Cela fait longtemps, s’exclama la femme apparemment rassurée et qui avait retrouvé un visage plus amène. S’il n’a pas été vendu et si vous êtes chanceux, il est peut-être dans la réserve qui se trouve à l’arrière du hangar. C’est là que nous stockons tous les objets que nous ne parvenons pas à vendre au bout de quelques années. Ensuite, ils sont détruits. Question de place ! Voyez avec le monsieur que vous apercevez là-bas, ajouta-t-elle en montrant du doigt un homme qui avait l’allure d’un superviseur.

 

L’homme le conduisit dans un second hangar, fermé à clef, à peine moins grand que le précédent dans lequel le bric-à-brac avait laissé la place à un fatras épouvantable où chaque mètre cube était compté. Lemel se demanda par quel miracle son guide allait pouvoir retrouver le tableau si convoité dans cet empilement d’objets aussi divers qui montait jusqu’à la charpente. Il fut stupéfait de découvrir, derrière cet environnement chaotique, l’ordre et la méthode avec lesquels ces hommes d’apparence fruste et aux antipodes des canons du management géraient leur fabuleuse nécropole d’objets mieux que ne l’aurait fait n’importe quel chef de rayon d’une grande surface. L’homme se dirigea vers un minuscule pupitre qui occupait le peu d’espace non dédié au rangement, consulta l’ordinateur  qui s’y trouvait et, pianotant avec une étonnante célérité, parvint à extraire  l’information attendue : « Les amoureux », huile sur toile, format 180 par 180, encadrement bois doré à la feuille…. B6, clama-t-il avant de disparaître comme une anguille dans une étroite fente à peine perceptible entre deux piles de tables encastrées les unes dans les autres. Au terme de quelques minutes, l’homme réapparut, se dirigea vers la seule paroi dégagée et, saisissant une manivelle, se mit à la manœuvrer, occasionnant ainsi un curieux mouvement de poulies et de  filins fixés à la charpente en un réseau complexe couvrant toute la surface du local. Soudain, Lemel vit apparaître, au-delà de l’empilement d’objets, un étrange paquet en carton tenu par une ficelle qui glissait inexorablement, pendu par un crochet à l’un des filins. Lorsque le colis fut parvenu au-dessus de leurs têtes, le serviteur d’Emmaüs manœuvra une seconde manivelle pour le faire descendre lentement jusqu’à eux.

 

-Il faudra que vous m’expliquiez, s’exclama Lemel, avec dans la voix une pointe d’admiration.

-C’est simple, répondit son guide, nous avons installé un système pour extraire et déplacer les objets comme vous avez pu le constater. Notre local est organisé comme un damier et nous notons dans l’inventaire les coordonnées du carré dans lequel a été stocké l’objet que nous recherchons. Ensuite, il suffit de l’atteindre en se faufilant dans un réseau de petites galeries que nous seuls connaissons par cœur et de le fixer à un crochet avant de le héler jusqu’ici.

 

Lemel s’en voulait d’être aussi tributaire de ses a priori et de n’avoir pu imaginer qu’au-delà des apparences, l’être humain, s’il lui arrivait à certains moments de toucher le fond de l’abîme, pouvait se révéler être une source d’émerveillement inépuisable. Ces hommes laissés sur le bord du chemin, recueillis à l’état d’épaves, portant en eux et sur eux les séquelles de leur passage en enfer, avaient déployé toutes les ressources de leur courage, de leur volonté et de leur intelligence au service d’une société qui les avaient broyés.

 

- Vous payerez à la caisse dans l’autre hangar, avait précisé celui qu’il fallait considérer comme le magasinier.

- Une sorte de conservateur dans son genre ! s’était plu à conclure intérieurement François Lemel qui avait entrepris de déballer fébrilement le paquet.

 

Le tableau était là devant lui, semblable à la photo du catalogue. Ringard à souhait comme il s’en doutait mais quelle importance ! La seconde étape de sa mission était accomplie. Un plaisir enfantin l’avait gagné, le rendant plus fébrile encore. Une minuscule étiquette collée sur le bord inférieur du cadre indiquait la somme de cinq cents francs. 

 

- Une mise d’à peine plus de soixante-dix euros pour un gain de cent mille euros, songea-t-il.

 

En tendant à la caissière le billet de cent euros, il en ressentait presque un sentiment de honte.

 

-  Gardez tout, se crut-il obligé de préciser.

- Qu’est-ce qu’il a donc de si extraordinaire ce tableau, demanda la mégère qui avait retrouvé un peu de son air méfiant.

- Il a appartenu aux parents de mon épouse, mentit Lemel, de plus en plus mal à l’aise et pressé de quitter l’endroit.

- Vous êtes marié à une fille Flamant ? poursuivit la caissière qui venait de consulter son écran d’ordinateur sur lequel s’étaient affichés les renseignements transmis par le magasinier. Sa femme nous a donné une tonne de choses dont elle voulait se débarrasser et surtout des tableaux. Son mari devait être un fou de peinture. On en a liquidé à peine la moitié. Comment voulez-vous vendre ça ? Personne ne veut s’encombrer d’un pareil volume. Sauf vous mais ça se comprend. Le père Flamant était un marchand de bestiaux bien connu dans le coin. Je croyais qu’il n’avait eu que des garçons !

 

François Lemel ne savait que dire. Sa gorge se nouait et il eut peur que sa confusion se lise sur son visage. Après avoir bafouillé un vague au revoir, il s’éloigna à grands pas, tenant à bout de bras son encombrant tableau.

 

En regagnant le taxi qui l’attendait, le galeriste eut une pensée pour la vieille femme qui traînait sa solitude et sa rancœur au fond de son mouroir. Il revit aussi les visages marqués par la vie qu’il avait côtoyés quelques instants auparavant. Il songea au magasinier et à son étonnante mécanique. A cette mégère impressionnante dont la redoutable mémoire l’avait contraint à fuir. Il pensa au contraste entre sa perception initiale des choses et le cinglant démenti que la réalité lui avait infligé. Il  venait de traverser un univers qui avait remis en cause ses représentations, une autre organisation de la société qui l’avait déstabilisé. Il avait hâte de retrouver son monde et ses repères.

 

Il avait fallu, sous le regard effrayé du chauffeur de taxi, démonter la toile de son châssis et l’enrouler soigneusement pour qu’elle consentît à entrer sans encombres dans l’habitable du véhicule. Il restait ensuite à l’acheminer jusqu’à Saint-Tropez en évitant tout risque de dégradation."

 

 

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29 janvier 2014 3 29 /01 /janvier /2014 17:53

Le commissaire Payardelle qui est le personnage central de "Rejoins la meute" est promis à devenir un personnage récurrent. Après l'avoir mis en scène dans les Cévennes, je le conduis cette fois à enquêter sur la Côte d'Azur. Payardelle et son équipe feront l'objet de l'illustration réalisée par Frédéric Lefol pour "Rejoins la meute" et que j'aurai sans doute prochainement l'occasion de vous dévoiler. Ce sixième manuscrit n'a pas encore de titre.

 

Sainte-Maxime, le 26 juillet 2011, 14 heures,

 

    Théo Payardelle ne supportait pas la Côte d’Azur. L’unique raison qui l’avait poussé à accepter la demande de Jouve résidait dans la seule idée recevable à ses yeux : la perspective de retrouver son équipe fétiche, ses mousquetaires comme il se plaisait à les nommer. Un an après leur escapade dans les Cévennes, il reconstituait l’équipe gagnante que formaient Marthe, Marco et César, ses comparses si précieux pour ces enquêtes un peu spéciales que lui confiait le nouveau patron de la DCRI. Car Jouve avait pris du galon. La réussite de leur enquête cévenole et, dans la foulée, le succès des négociations pour la signature d’une convention de partenariat entre la France et l’Angleterre lui avaient valu d’être promu directeur général.

    Jouve l’avait reçu, une fois de plus, dans son bureau à l’ambiance feutrée pour lui apprendre que la fille du ministre de l’intérieur venait d’être assassinée dans le Var, alors qu’elle passait quelques jours de vacances à Sainte-Maxime. Théo était déjà au courant de l’information qui n’avait plus rien de confidentiel depuis que les journaux de la veille l’avaient largement rapportée et abondamment commentée dans leurs colonnes. Cette regrettable conjonction entre les agissements d’un tueur en série et une escapade de la fille de son ministre sur la Côte avait eu raison de ses congés parisiens, les premiers qu’il s’octroyait depuis plus de deux ans.

    - Vous prendrez une quinzaine de jours en octobre ! lui avait déclaré Jouve, comme si cette idée pouvait suffire à le consoler de devoir embarquer dès le lendemain dans le premier TGV pour Saint-Raphaël.

    Outre le fait de retrouver ses équipiers, il devait bien y avoir aussi, dans sa décision de répondre favorablement à la sollicitation de Jouve, quelque chose comme la perspective de fuir un temps la capitale devenue trop étouffante, avec la chaleur qui sévissait depuis une dizaine de jours. La canicule n’était supportable que dans le Midi, là où elle avait sa place normale, au bord de la mer, là où se concentraient les estivants avides de soleil et de chaleur. Pas à Paris où l’on transpirait jusque tard dans la nuit, dans un appartement cossu, certes, mais dont le seul élément de confort absent était précisément la climatisation. La seule solution était d’enfiler une chemisette, un pantalon léger et d’aller se vautrer à une terrasse, quelque part sur les quais, histoire d’attendre que, passé minuit, l’air qui montait de la Seine vous apporte un semblant de fraîcheur.

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27 janvier 2014 1 27 /01 /janvier /2014 14:31

noel-aux-cinq-destins.jpgJe fais une entorse à la thématique de ce blog consacré aux polars pour évoquer une recueil de nouvelles que j’ai largement entamé ( Une des quelques parenthèses que je m’octroie au milieu de ma pile de polars ). Ce recueil de nouvelles s’intitule « Noël aux cinq destins ». Chacun l’aura compris : il s’agit de l’évocation de cinq personnages, cinq destins qui s’articulent autour de la fête de Noël. Pour parler de ce livre, j’évoquerai simplement la première de ces nouvelles, intitulée « Madame Anna ». C’est l’histoire pathétique et touchante d’une vieille dame qui vit seule dans un quartier où chacun se perd en conjonctures sur cette voisine âgée, solitaire et secrète A la veille de Noël, madame Anna qui vit avec son chagrin depuis que son fils a coupé les ponts avec elle, accueille chez elle un couple dont la femme est sur le point d’accoucher. L’histoire est émouvante. Ecrite dans un style simple mais ciselé, cette nouvelle porte l’empreinte d’une grande sensibilité et d’un réel talent. Les nouvelles qui suivent sont à l’avenant. « Noël aux cinq destins » est un agréable passe-temps que je recommande à ceux qui aiment les récits bien écrits qui narrent des histoires simples et touchantes. A découvrir.

Noël aux cinq destins, de Reine Cioulachtjian, Les Deux encres éditeur, octobre 2013 , 159 pages, 16€.

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27 janvier 2014 1 27 /01 /janvier /2014 12:08

J’évoque régulièrement mon activité d’écriture mais il m’arrive aussi de m’intéresser à celles des autres. Certaines initiatives originales méritent qu’on leur accorde un coup de projecteur. C’est le cas de l’entreprise de François Vinsot sur tweeter. Le Roman sans titre est une tentative d’écriture originale et réussie qui consiste, chaque jour, à publier, chacun en un maximum de 140 caractères, une dizaine de tweets qui, s’ajoutant les uns aux autres, au fil des jours, donnent un texte suivi, une sorte de jeu du cadavre exquis qui engendrent une suite étonnante, une fable aux accents surréalistes, un roman au final, à teneur certes narrative mais aussi philosophique, où une certaine forme d’humour a toute sa place. François Vinsot joue avec les idées et avec la langue, mettant les deux en interaction pour donner une histoire finalement intéressante. On retrouve dans ses textes quelque chose qui pourrait s’apparenter au style de Georges Bataille ou, en tout cas, à sa conception de l’écriture. Je vous invite à vous rendre sur sa page tweeter où il publie chaque jour, à 7 heures, dix tweets et, en fin de semaine, le saùmedi, une récapitulation. Il en est actuellemnt à 900 tweets. Un feuilleton jubilatoire auquel vous risquez de devenir « accros ».

https://twitter.com/francoisVinsot

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26 janvier 2014 7 26 /01 /janvier /2014 11:41

meurtres-a-la-romaine.jpgL’intrigue a pour cadre la Villa Médicis à Rome, peuplée et fréquentée par une faune très particulière, encline à tous les excès. Un premier meurtre est découvert dans les souterrains de la Villa, puis les crimes s’enchaînent accompagnés d’un curieux rituel culinaire. Des enfants Rom à l’abandon sont à la fois instruments de mort et victimes. L’inspecteur Carlo Barone qui vient d’être muté dans la capitale italienne est chargé de l’enquête sous les ordres du fantasque commissaire Dannunzio. Il est épaulé par une équipe non moins originale et hétéroclite. Tout ce beau monde va se croiser et se recroiser, mêler ses passions et ses aversions, côtoyer et affronter les fantasmes et les névroses des uns et des autres sur fond de meurtres en série plus glauque l’un, plus glauque l’autre. L’art joue, bien sûr, un rôle central dans cette fresque « grandguignolesque ». Je ne suis pas sûr que tout le monde puisse accrocher à une telle histoire et surtout à l’atmosphère trash créée par les sœurs Veaute. Pour autant, je me suis laissé entraîner au fil d’une intrigue que j’ai trouvée intéressante. C’est une enquête sur fond de Grand guignol, une histoire surréaliste qui se laisse néanmoins déguster. Un coup de cœur moyen cependant.

 

Meurtres à la romaine, de C et M Veaute, Editions Le Masque, mai 2013, 470 pages, 7€ 20.

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22 janvier 2014 3 22 /01 /janvier /2014 14:23

le-diable.jpgDifficile de résumer une intrigue aussi complexe, d’autant que, pour bien entrer dans l’histoire et en saisir tous les tenants et aboutissants, il faut que les premiers chapitres retracent l’histoire du personnage central, de son mentor et de la fille de ce dernier qui vont jouer par la suite un rôle déterminant. Ensuite, c’est une histoire ancrée dans la campagne des années 20, quelque part dans le sud-ouest, un village perdu avec sa sociologie particulière et ses croyances. L’histoire se construit également à l’ombre de la première guerre mondiale dont le spectre terrifiant rôde à chaque page du roman. Des crimes atroces sont commis dans le petit village de La Vitarelle. Ces meurtres visent surtout une famille, les Gresse, ainsi qu’un de leurs employés. Le personnage principal est Martial de la Boissière. Il appartient à un cercle de criminologie chargé de prendre en charge les affaires non résolues sur lesquelles planent des explications non rationnelles. Martial est l’ami d’enfance de l’institutrice du village dont le père a été son professeur et son mentor. Il va tenter de résoudre cette série de crimes dans une atmosphère oppressante où la plupart des acteurs peuvent tour à tour faire figure de suspects. Le récit est bien mené et le suspense bien entretenu. L’intrigue est un peu complexe à l’image des relations qu’entretiennent entre eux les protagonistes. Mais on parvient à suivre le fil d’un récit passionnant qui m’a occasionné un vrai coup de cœur. J’ai passé un bon moment aux côtés de Martial et me suis abandonné à cette atmosphère trouble qui préside à la vie de La Vitarelle. Le style est soigné, les personnages sont bien fouillés et le roman livre une information intéressante sur la vie rurale de cette époque si singulière qui a suivi le premier conflit mondial. Ce roman a été primé en tant que polar historique par le prix « ça m’intéresse Histoire ». A découvrir…

Le diable sur les épaules, de Christian Carayon,  Pocket, juin 2013, 541 pages,

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20 janvier 2014 1 20 /01 /janvier /2014 12:19

des-clous.jpgIl me fallait bien lire le prix du Quai des orfèvres, un passage obligé même si, par le passé, je n’ai jamais été véritablement emballé par les lauréats successifs. J’ai donc choisi celui de 2013, « Des clous dans le cœur ». Je dois avouer que, par rapport aux précédents lauréats que j’avais lus, j’ai eu une agréable surprise. Une intrigue bien ficelée, des personnages attachants et un suspense bien entretenu. Comme dans beaucoup de polars, l’auteur met en scène des flics à la vie privée un peu chaotique, ce qui concourt à l’intérêt de l’histoire. Seul bémol : on devine assez vite autour de qui tournent les soupçons. Autre caractéristique du prix du Quai des orfèvres : un langage codé et la conformité avec la procédure qui, de loin en loin, donne au roman une tonalité un peu trop « maison ». Rien d’étonnant : Danielle Thiery est un flic. Rien à voir avec un « Fred Vargas » ou, excusez du peu, un « Jean-Michel Lecocq » qui prennent parfois des libertés avec la procédure. Difficile de résumer une intrigue à la fois simple et complexe. Simple parce qu’elle se cantonne dans une vieille obsession du commandant Revel pour une affaire vieille de dix ans et non résolue. Complexe parce que l’enquête mêle plusieurs affaires et une multiplicité de personnages qui s’entrecroisent. Finalement, un polar plaisant avec ses points forts et ses faiblesses et qui a suscité un coup de cœur moyen. A lire quand-même pour l’atmosphère bien construite…

Des clous dans le cœur, de Danielle Thiery, éditions Fayard, 396 pages, 8 € 90.

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18 janvier 2014 6 18 /01 /janvier /2014 09:49

Les bavardesJournal des Bavardes : Mon septième manuscrit, celui des « Bavardes » est toujours en panne. La faute aux Fêtes de fin d’année, à la méchante bronchite que j’ai contractée le 31 décembre mais aussi, il faut bien l’avouer, à un doute sur le rebondissement que je venais d’introduire aux alentours de la page 100. Un évènement trop précoce dans l’histoire et qui avait pour fâcheuse conséquence de précipiter le cours d’une intrigue que je veux continuer à entretenir avec un maximum de suspense. Pour faire court, j’ai fait mourir un personnage-clef dont je révélais qu’il avait été assassiné. Le policier qui voulait le rencontrer pour recueillir son témoignage l’a trouvé mort. Il a découvert à son domicile une lettre contenant des aveux qui lèvent trop tôt le voile sur le mystère qui est le « sel » du roman. Mon flic va donc retrouver le personnage mort mais sans aveux, en tout cas dans l’immédiat.  Il me faut donc revenir en arrière et modifier le contenu des deux derniers chapitres écrits. Je laisse passer un peu de temps pour permettre à l’inspiration de travailler. Il convient de ne pas se précipiter. Je vais aussi laisser passer mon séjour en Ecosse la semaine prochaine. Je pense qu’à mon retour, je vais reprendre le texte des « Bavardes » en le relisant depuis le début. C’est cela le travail d’un auteur, à l’image d’une course à la voile, avec des vents porteurs, quelquefois, « le pot au noir » et parfois « une mer d’huile ». Il faut s’adapter et savoir se montrer patient, voilà tout.  En attendant, je peux toujours relire et peaufiner mon sixième manuscrit, celui du polar qui pour l’instant n’a qu’un titre provisoire et qui devrait sortir au cours de l’hiver 2014-2015. A présent, je donnerai des nouvelles des « Bavardes » quand j’en aurai repris l’écriture.

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16 janvier 2014 4 16 /01 /janvier /2014 12:25

portrait-robot-copie-1.jpg

Portrait-robot est sorti en mars 2013. C'est un polar dont l'intrigue se partage entre les Ardennes et le Var. En 1996, dans les Ardennes, après avoir assassiné ses parents, Juliette Laffont, une jeune schyzophrène, s'échappe de l'hôpital psychiatrique où elle était internée. Au cours de sa cavale, elle abat cinq hommes. Puis, on retrouve son cadavre au milieu de la forêt à moitié décomposé et dévoré par les animaux. Quinze ans plus tard, des meurtres sont commis dans la région de Draguignan. Même mode opératoire mais aussi et surtout même arme. Qui peut bien, quinze ans plus tard, commettre ces meurtres alors que Juliette Laffont est morte ?

 

Un extrait : 

 

Figanières, le 13 mai 2011,

 

    « Ils ne me trouveront pas de sitôt. Comment pourraient-ils deviner que je me cache ici ? Bastien lui-même n’en sait rien. Il peut leur raconter tout ce qu’il voudra. Lui non plus ne connaît rien de ma vie, ni de la sienne. Il ignore jusqu’à son existence. Je voulais tout lui dire, tout lui expliquer mais j’ai eu tort d’avoir confiance en lui. Il n’a pas connu ce que j’ai vécu, il ne peut pas comprendre. Témoigner ! Pourquoi donc ? Pour qu’ils m’identifient, qu’ils comprennent tout, qu’ils me suspectent et me suivent. Pour que je ne puisse plus m’approcher d’elle sans risque et qu’elle se retrouve seule, en danger. Bastien était en colère que je ne veuille pas témoigner mais il n’était pas question d’aller à la gendarmerie. Il m’a dit vouloir s’y rendre lui-même. Est-ce lui qui m’a dénoncé ? J’ai cru mourir en voyant mon portrait dans Var-Matin. Non, ce n’est pas lui. Il leur aurait donné une photo. Il a réussi à nous faire prendre en photo, contre mon gré… Quelqu’un a dû m’apercevoir et ils ont fait un portrait-robot d’après sa description. Un portrait tellement ressemblant que j’ai su immédiatement qu’on me reconnaîtrait. J’ai compris qu’il fallait disparaître. Non pas que j’aie peur mais je veux aller jusqu’au bout. Je suis si près du but ! Bastien était parti avec la camionnette à Aix. Heureusement qu’il y avait la moto ! Ils ne s’attendent pas à me trouver là-dessus. Avec le casque, je passe inaperçue. Ils pensent que je me déplace à pied et doivent me chercher dans Draguignan. Les imbéciles ! Il m’en a fallu du temps pour retrouver la maison. Davantage de temps encore pour les retrouver, eux qui ont détruit notre vie. Masclaux d’abord, le garagiste. Il croyait que tout était oublié, qu’il était tranquille pour toujours, qu’il pouvait couler des jours paisibles, que plus jamais personne ne viendrait lui demander des comptes. Il avait dû apprendre la mort des Laffont. Tous les journaux en avaient parlé. On avait vu leur visage à la télé. Il avait dû être soulagé, ce porc, se sentir rassuré.

    La maison est toujours là avec son seringa dont j’ai tout-de-suite reconnu l’odeur entêtante. C’était notre endroit préféré. Nous aimions nous y installer pour lire, sur le banc de bois. La vie était douce ici avant qu’ils ne viennent. Ils passaient pourtant de temps en temps à la maison. Notre père débouchait une bouteille de vin. Ils parlaient fort et ils riaient. Ils repartaient en titubant et en parlant encore plus fort. Masclaux a été le premier à tomber entre nos mains. Il ne fallait pas qu’il meure tout-de-suite, pas avant d’avoir avoué où habitaient ses complices. Sa femme était sortie. Il s’est laissé surprendre. Nous l’avons torturé, en prenant notre temps, pour contempler sa souffrance. Trente minutes ? Peut-être une heure ? Je ne me rappelle plus. Il a fini par céder. Il a donné l’adresse de ses complices. Il saignait de partout, comme un porc quand on l’égorge. Il se débattait sur sa chaise et chacun de ses cris déclenchait en nous une onde de plaisir. Nous avons tellement souffert !  Il hoquetait et il tremblait sous l’effet de la douleur mais sans doute aussi parce qu’il avait compris qu’il allait mourir. Il a supplié, trois fois, avant qu’elle ne lui tire une balle en plein front.

 

   Désormais, il lui fallait aller jusqu’au bout, avant qu’ils ne la trouvent.

   Elle en était là de ses pensées lorsqu’elle entendit un bruit de moteur. Une voiture s’approchait. Elle l’entendait peiner sur le petit chemin cahoteux. Puis, soudain, plus rien. Le véhicule avait dû stopper à quelques dizaines de mètres de la maison. Elle se saisit de l’arme posée près d’elle sur la table, la serra dans ses mains, comme pour se rassurer, et se leva.

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16 janvier 2014 4 16 /01 /janvier /2014 09:42

saint-germain.jpgLa sortie de « Rejoins la meute » est prévue pour mars 2014. Ce polar voit l’apparition du commissaire Payardelle et de son équipe, personnages destinés à devenir récurrents. Des assassinats collectifs, inspirés de rituels médiévaux, ont été commis dans différents lieux des Cévennes entre 2005 et 2006. Les enquêtes menées par la gendarmerie et le SRPJ de Montpellier n’ont pas abouti. Cinq ans plus tard, une équipe spéciale est envoyée de Paris pour essayer de tirer enfin au clair cette affaire. Au gré de leurs pérégrinations dans les Cévennes et en Ecosse, le commissaire Payardelle et ses adjoints viendront-ils à bout de ce dossier ?

Extrait :

En accomplissant la dernière centaine de mètres qui le séparait de son but, Gédéon pestait contre le temps, contre les choix incompréhensibles des Johnston et contre mille autres choses encore, pour oublier sa fatigue et l’engourdissement de ses orteils. Il y avait une route de l’autre côté. Elle empruntait la ligne des crêtes et permettait d’atteindre le village  au prix d’un détour de cinq kilomètres. Par ce temps, elle était impraticable, même pour le 4x4 de Johnston. De toute façon, dans son état et par ce temps, la petite ne pouvait pas mettre le nez dehors. Ils étaient donc nécessairement chez eux, dans le noir, chauffés on ne savait comment, peut-être dans l’incapacité d’allumer le feu. Tout cela n’était pas bon signe et Gédéon commençait à ressentir de l’inquiétude. Ce sentiment augmentait à mesure qu’il approchait de la maison qui paraissait vide de ses occupants. 

    Parvenu sur le seuil, il frappa plusieurs coups sur la porte, sans obtenir de réponse. Il les renouvela, en redoublant la force de ses coups. La maison était vide et la porte n’était pas fermée à clef. Il la repoussa lentement et s’engagea à l’intérieur. La réfraction de la lumière sur la neige créait à l’intérieur une luminosité accrue. Tout semblait en ordre. Il appela mais n’obtint toujours pas de réponse. Par la fenêtre du couloir, il aperçut le 4x4 rangé à l’arrière de la maison, sous son auvent. Où étaient-ils allés ? Comment avaient-ils fait pour quitter cette maison sans leur véhicule ? Pour quelle raison ? Que ce fût dans la cuisine ou dans le living, les poêles étaient éteints. Les cendres étaient froides. Ils n’avaient pas passé la nuit ici. Quelqu’un était-il venu les chercher avant la tempête ? C’était l’hypothèse la plus probable. Il avança dans le couloir qui menait aux chambres. Il poussa une à une les portes. Elles étaient vides, comme l’étaient la cuisine, le séjour ou le bureau de Samuel. Gédéon devait se rendre à l’évidence. Il avait accompli et subi ce trajet si pénible pour rien. Il se préparait à redescendre lorsque le bon sens éclata dans son esprit, jusque-là sans doute mal irrigué en raison de l’effort consenti. Il extirpa de sa poche son téléphone portable, sélectionna dans son répertoire le numéro du mobile de Samuel Johnston et commanda l’appel. Une sonnerie. Deux sonneries. Trois. Ce fut à la quatrième qu’il remarqua l’anomalie. Les sonneries qu’il entendait n’étaient pas celles de son portable. Pas uniquement, en tout cas. Un autre portable sonnait, au rythme du sien. Cela venait de l’extérieur, derrière la maison. Il traversa la cuisine et poussa la porte qui donnait sur l’arrière. Le battant buta contre un obstacle. C’était une sorte de monticule. Gédéon chassa la neige sous laquelle le portable avait cessé de sonner. La sonnerie venait bien de là, plus précisément de l’intérieur de la veste de Johnston dont le visage apparut sous une légère pellicule de glace qui s’était formée pendant la nuit. Son corps était lacéré par de profondes entailles par lesquelles il avait perdu tout son sang. Gédéon comprit que les deux autres monticules qui se trouvaient à quelques mètres de là contenaient les corps sans vie d’Ann et de sa mère. La neige ne portait aucune trace de sang. Tout cela avait dû se produire avant la tempête. La famille Johnston gisait là, sous la neige, décimée par ce qui, à première vue, devait être un sabre ou quelque chose d’approchant. Rassemblant ses dernières forces, Gédéon eut le courage de dégager les deux autres corps, Marthe d’abord, puis Ann. C’est en découvrant le corps mutilé de la fillette qu’il s’effondra de tout son long dans la neige et se mit à vomir. Il fut soudain agité de tremblements. Ses sanglots résonnaient dans l’immensité glaciale comme les râles d’un animal blessé. Il demeura ainsi de longues minutes, laissant l’humidité gagner ses vêtements, puis son corps. Lorsqu’il eut repris un peu ses esprits, il se redressa, extirpa à nouveau de sa poche le portable et composa le 17. Puis, joignant ses mains et fermant les yeux, il recommanda les âmes de ses amis à Dieu, avec, presque imperceptible dans sa voix, comme une note de reproche.

    Il avait beau n’être qu’un modeste pasteur de l’Eglise réformée des Cévennes, il savait qu’on ne devait pas toucher à une scène de crime. Il avait déjà suffisamment outrepassé les règles en la matière, en piétinant les lieux et en balayant la neige qui recouvrait les victimes, pour aller plus loin. Pourtant, ce n’était pas l’envie qui lui manquait de rapatrier les trois corps à l’intérieur de la maison et d’allumer l’âtre pour veiller ses amis dans la chaleur d’un bon feu, comme l’aurait fait tout bon chrétien. Il se dit qu’il était l’héritier des Huguenots qui avaient vécu là, quatre siècles plus tôt, et qui avaient souffert mille fois plus que lui, qui avaient été martyrisés comme les Johnston et que, par conséquent, c’était son devoir de rester là, près d’eux, que c’était la volonté du Ciel et que, malgré ses vêtements mouillés et son corps agité de tremblements, le Tout-Puissant lui commandait de veiller sur les dépouilles de ceux qui lui avaient toujours été fidèles. Il s’agenouilla pour prier. Un vent glacé venait de se lever. La neige qui avait repris et qui tourbillonnait sous l’effet du vent commençait à le recouvrir d’un mince linceul. Les heures s’écoulèrent. Puis, un bruit de moteur s’amplifia sur la route qui venait des crêtes. Les feux d’un chasse-neige apparurent au loin. Il était suivi par plusieurs véhicules dont les gyrophares étaient allumés. Le cortège se rapprocha. Lorsque les gendarmes parvinrent enfin sur la scène de crime, il y avait quatre morts ensevelis sous la neige.

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