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6 mars 2015 5 06 /03 /mars /2015 08:58
Dans la mémoire de l'autre : extrait...

Sainte-Maxime, le 04 août 2011, 22 heures,

Théo Payardelle venait de donner le feu vert à Marco.

- J’ai eu Le Gall au téléphone. Il a appelé le procureur qui nous laisse carte blanche. L’opération sera déclenchée demain matin, à 6 heures précises. Je te laisse le soin de prendre contact avec le major Barret qui coordonnera l’opération. Les brigades locales vont être prévenues. Je vous rejoindrai sur place juste avant.

Enfin, la situation se débloquait. Pour l’heure, nul n’était certain que Bréault se soit réfugié dans le cabanon de chasse perdu au milieu du massif des Maures mais c’était une forte probabilité. Payardelle avait donné son accord au procureur pour que le commandement soit donné à la gendarmerie qui était rompue à ce genre d’exercice. D’autre part, pour un service qui avait été d’une certaine façon dépossédé de l’enquête, c’était un renvoi d’ascenseur normal. - Vous êtes un type bien, Payardelle, lui avait concédé Maljoie abandonnant pour la circonstance sa froideur légendaire. Théo Payardelle partageait totalement le point de vue du procureur. En agissant ainsi, il faisait preuve d’une réelle grandeur d’âme. Missionné par le ministre, il aurait très bien pu exiger que lui revienne le commandement de cette expédition. Il prenait également un risque, celui d’une bavure qui expédierait Bréault dans l’au-delà, en faisant disparaître de facto un témoin essentiel et - qui sait ? - peut-être le coupable. Mais Barret était un officier expérimenté en qui on pouvait avoir confiance. Au demeurant, Théo avait été clair dans la consigne qu’il lui avait passée ainsi qu’à Marco : il nous le faut vivant, coûte que coûte. Le moral du commissaire Payardelle retrouvait des couleurs. Depuis deux jours, il avait de nouveau négligé les sacro-saintes réunions de synthèse, concurrencées par celles que diligentait un Le Gall fébrile et désireux d’accélérer le cours des choses. De toute façon, ses adjoints étaient bien assez occupés comme ça et ne possédaient pas le don d’ubiquité. A cet égard, il se demandait où se trouvait Marthe et ce qu’elle pouvait bien faire depuis plus de vingt-quatre heures qu’elle avait abandonné les pistes de Wax et de Bréault. Elle l’avait appelé le matin même pour le prévenir qu’elle avait quitté la compagnie de Marco pour vérifier une piste dont elle ne lui avait parlé que très succinctement, lui promettant un point complet dès qu’elle aurait davantage d’éléments en sa possession. Théo Payardelle n’en avait pas cru ses oreilles mais, venant de son adjointe, il était prêt à tout entendre, y compris l’invraisemblable. Et c’était bien de cela qu’elle l’avait entretenu à demi-mot. Il connaissait le flair et l’intuition de Marthe qui avaient déjà fait merveille dans le cadre d’enquêtes précédentes. Il avait accepté de lui laisser le champ libre en lui faisant promettre la plus grande prudence. Meltzer n’avait toujours pas reçu les comptes rendus médicaux que son confrère parisien lui avait promis. A l’occasion de la réunion de synthèse de l’après-midi, Payardelle s’en était ouvert au psychiatre en présence de Le Gall. - J’ignore ce qui se passe. Je vais le rappeler. Sans doute n’a-t-il pas eu le temps de s’en occuper ! avait répondu Meltzer, en guise d’excuses. Théo en serait venu à regretter de n’avoir pas sollicité une commission rogatoire pour que ces documents médicaux atterrissent directement sur le bureau du juge. Mais le monde médical était un univers cadenassé doté d’une grande capacité de résistance et qui tenait bon devant ce qu’il considérait comme des intrusions abusives, surtout lorsqu’il s’agissait d’informations d’ordre psychiatrique exigées par le judiciaire. Un tabou parmi les tabous ! Les juges éprouvaient les plus grandes peines du monde à obtenir ce genre de documents et il était mille fois préférable de faire profil bas et de passer sous les fourches caudines de la profession. Encore fallait-il trouver un psychiatre compréhensif et que ladite profession y mette un peu du sien ! En principe, ces données ne devaient pas lui apporter d’informations déterminantes mais il leur accordait d’instinct de l’importance, non pas tant en raison de leur contenu que du secret qui semblait entourer la maladie de Wax et son passé parisien. Marthe avait-elle, elle aussi, flairé quelque chose de ce côté-là ? Ses explications lapidaires le laissaient supposer.

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