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2 février 2015 1 02 /02 /février /2015 13:23

24Un extrait de mon thriller historique "24" :

 

Paris, le samedi 25 septembre 1572, 7 heures, le matin,

 

    Cela faisait près de vingt ans que Jean Le Fleurinier exerçait son métier de fossoyeur. Durant ces années, il avait mis en terre près de la moitié des habitants du quartier des Halles. Le cimetière des Innocents était son terrain d’élection. Il y assurait la majeure partie de son office et y possédait une petite cabane où il remisait ses outils. En cette fin du mois de septembre, il pouvait enfin souffler un peu. Les massacres de la fin août l’avaient contraint à travailler deux fois plus longtemps que d’ordinaire. Ses journées de labeur démarraient avec le lever du soleil et ne s’arrêtaient qu’avec le couvre-feu, sous une chaleur accablante. Même si la plupart des corps, non identifiables, avaient été transportés hors des murs de la ville pour y être incinérés dans des fosses communes, de nombreuses familles avaient fait inhumer les leurs dans le cimetière de leur quartier. Celui des Innocents desservait les trois paroisses de Saint-Germain-L’Auxerrois, Saint-Eustache et Saint-Opportune, ce qui suffisait à en faire le plus grand de Paris. Jean Le Fleurinier n’avait pas chômé. Cela avait duré plusieurs semaines, tant la recherche des victimes était laborieuse et leur identification difficile. Il fallait attendre que les familles reconnaissent les corps avant d’enterrer les dépouilles qui empestaient, sous l’effet de la décomposition. Un quartenier, officiant au nom  de la prévôté, l’accompagnait afin de s’assurer de la conformité des inhumations. Le plus souvent, le curé organisait une brève bénédiction et, à peine le trou rebouché, il fallait passer à l’enterrement suivant. En ce début de matinée, Jean Le Fleurinier se sentait bien. La fraîcheur matinale était supportable et le soleil, qui se levait derrière les toits de l’hôpital Sainte-Catherine, illuminait un ciel déjà bleu, promesse d’une belle journée de fin d’été. L’âme et le corps légers, il suivit la rue de la Chaussetterie puis celle de la Ferronnerie pour gagner l’entrée du cimetière située sur la Grand Rue Saint-Denis. Il n’avait que deux enterrements prévus au programme de cette journée, sans doute la plus calme depuis bien longtemps. Le premier étant fixé à dix heures, il allait avoir le temps de préparer ses outils et même de déguster tranquillement la collation que lui avait préparée son épouse. Sa cabane était située au fond du cimetière, adossée au mur qui donnait sur les Halles. Il y prit ses outils et se dirigea vers la fosse qu’il avait creusée la veille. Il aimait s’asseoir au bord du trou, les jambes pendant dans le vide, pour manger. Il l’avait fait des centaines de fois, lorsque le temps était favorable, comme ce matin. Le soleil avait envahi le cimetière et y répandait sa chaleur bienfaisante. Jean Le Fleurinier s’approcha de la fosse. Il posa sa besace sur le tas de terre encore fraîche qui surplombait le trou et engagea la jambe droite dans le vide. C’est alors que son regard tomba en arrêt sur l’homme allongé dans le fond, dont le visage portait la pâleur de la mort.

 

    Nicolas Chantemerle, le nouveau prévôt, resta longtemps immobile, devant la fosse. Campé derrière lui, le bailli Grandfontaine avait tenu à être présent. Le fossoyeur s’était placé en retrait, après avoir répondu du mieux qu’il avait pu à l’avalanche de questions du prévôt. Dans l’esprit de Chantemerle, comme dans celui du bailli, régnaient une effervescence et une confusion des plus grandes. Comment ce cadavre avait-il pu arriver là ? Qui l’y avait placé ? Qui était cet inconnu ?

    -  Ce n’est pas quelqu’un du quartier ! Il est âgé et je le connaîtrais.

    Telle avait été la seule information fournie par le fossoyeur qui avait aidé les deux gardes prévôtaux à sortir le corps de la fosse.

    -  Examinez sa main droite ! demanda Grandfontaine.

    Le prévôt s’exécuta. L’homme portait, au creux de la paume, un dessin représentant un signe tracé avec la pointe d’un couteau.

    -  De quoi s’agit-il ? s’exclama Chantemerle.

    - De la lettre E, lui répondit le bailli avant de questionner le fossoyeur :

    -  Qui enterre-t-on dans ce secteur du cimetière ?

    -  Les paroissiens de Saint-Eustache, répondit Le Fleurinier.

    -  E, c’est l’initiale de Saint-Eustache, soupira le bailli.

    Tous l’observaient, l’air interrogateur. Grandfontaine avait prit une mine grave. Sa voix ne l’était pas moins pour annoncer :

    -  Le scarificateur n’est pas mort. Il vient encore de frapper.

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Published by ma fabrique de polars - dans Mes romans
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