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18 avril 2012 3 18 /04 /avril /2012 09:42

Coin de voile : un extrait de "24"...

par Jean-Michel LECOCQ, samedi 17 mars 2012, 14:07 · 

Paris, le mardi 24 mai 1572, 11 heures, le soir

Masson Delforti exerçait la charge d' écrivain. Il tenait boutique dans la rue de Bièvre, juste en face du collège de Chanac, et tirait l'essentiel de ses revenus de la rédaction de courriers divers et autres actes sous seing privé, que lui commandaient une clientèle analphabète mais aussi certains lettrés, soucieux de la conformité légale de leur correspondance. Comme l'exigeaient les statuts de sa corporation, il maîtrisait également l'art du calcul auquel il recourait pour le compte de riches marchands ou de familles aisées. Dans la journée, quand il ne maniait pas la plume au fond de son échoppe, il lui arrivait de se déplacer dans Paris, muni de son abaque et de sa collection de jetons, pour se rendre chez quelque client désireux d'établir l'inventaire de ses biens. Le soir venu, quatre fois par semaine, il revêtait sa tenue grenat, plaçait son mousquet en bandoulière et se coiffait du tricorne réglementaire, pour aller assurer sa mission de chef de la milice bourgeoise de son quartier. A peine le bourdon de Notre-Dame avait-il sonné le dernier coup que Masson et son escouade entamaient leur ronde selon un itinéraire immuable, qui les amenait à parcourir le sud de Paris, de la Grand rue Saint-Jacques à l'abbaye Saint-Victor et des rives de la Seine à la porte Sainte-Geneviève.

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Cette nuit-là, un autre évènement allait marquer la ronde. Ils venaient de franchir le carrefour des rues Saint-Séverin et du Petit-Pont lorsque des appels au secours se firent entendre, très vite suivis d'un hurlement à fendre l'âme. Une voix d'homme, d'abord, appelant à l'aide, puis quelque chose qui s'apparentait au cri d'une bête qu'on égorge. Ensuite, plus rien. L'escouade avait stoppé net sa progression. Masson s'était retourné et, du doigt, montrait Saint-Séverin dont la masse sombre ne laissait échapper aucune lumière. Il était certain que les cris venaient de l'intérieur de l'édifice. Aucun doute n'était possible. Il fallait y pénétrer et comprendre ce qui s'y passait. La milice disposait d'un trousseau de clefs lui permettant d'entrer dans toutes les églises de son quartier. Masson le gardait solidement fixé à sa ceinture. Quinze clefs qu'il connaissait une à une, qu'il était capable d'identifier rien qu'au toucher tant il les avait manipulées depuis dix ans qu'il dirigeait sa milice. Un véritable arsenal de serrurier ou de voleur, c'était selon. Le temps de courir jusqu'au porche, de tourner l'énorme clef dans la serrure et d'entendre le bruit familier de la ferrure et la porte s'était ouverte, poussée par Masson qui précéda ses hommes dans la noirceur de la nef.

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Published by ma fabrique de polars - dans Mes romans
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